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Méditer peut-il changerla personnalité ?

6/19/2015

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Il est admis que la méditation de pleine conscience améliore le bien-être physique et mental des individus en général et qu'elle a une valeur thérapeutique pour ceux souffrant de troubles psychiques. Mais qu'en est-il de son effet sur la personnalité? Peut-elle modifier, voire transformer une personnalité? Quels traits de personnalité va-t-elle affecter? J'essayerai de répondre à quelques-unes de ces questions en prenant appuis sur la recherche scientifique.
 
La personnalité est ce qui fait que chacun est unique et qu'il possède des dispositions internes stables qui vont l'amener à se comporter préférentiellement de telle ou telle manière dans une situation donnée. La recherche en psychologie la mesure à l'aide d'auto-questionnaires qui évaluent la perception qu'a un sujet de sa propre personnalité. Ces données ont notamment permis d'élaborer un modèle basé sur cinq dimensions indépendantes de la personnalité (Ouverture à l'expérience, Consciensiosité, Extraversion, Agréabilité, Neuroticisme ou instabilité émotionnelle).
 
Plus récemment les chercheurs ont développé des questionnaires permettant de mesurer le niveau de pleine conscience d'un individu dans sa vie quotidienne et ont pu ainsi voir les corrélations existantes entre cette mesure et les caractéristiques de la personnalité.
De telles études (Giluk, 2009, Thompson et al, 2007, Hurk et al, 2011) montrent que des niveaux élevés de pleine conscience sont reliés négativement au neuroticisme (la tendance à l'anxiété, aux inquiétudes, à l'impulsivité, à l'auto-critique) et sont reliés positivement à l'agréabilité (fiabilité et altruisme), la consciensiosité (efficience, organisation et auto-discipline) et à l'ouverture à l'expérience (curiosité et créativité).
 
Ces études ne montrent toutefois qu'une association entre le développement d'une attitude de pleine conscience (spontanée ou par la pratique méditative) et certains traits de personnalité et ne permettent pas de juger de l'effet direct de la pratique sur la personnalité des méditants. C'est par contre le cas des études longitudinales, telle celle de Campanella et al. (2014), dans laquelle trois groupes de méditants inexpérimentés au départ ont été évalués avant et après un programme de méditation de pleine conscience de huit semaines au moyen d'un questionnaire basé sur la théorie biosociale de la personnalité de Cloninger. Les analyses ont porté sur la partie caractère du test qui comporte trois dimensions décrivant le niveau de développement et de maturité du sujet au plan individuel (autonomie), social (coopération) et spirituel (transcendance). Une augmentation significative de la maturité a été observée pour chacune des trois dimensions dans les groupes après les huit séances, toutefois cette évolution de la personnalité était subordonnée à une pratique régulière à domicile entre les séances de groupe.
 
Etant donné que des valeurs basses aux échelles autonomie (auto-détermination, responsabilité et estime de soi) et coopération (acceptation de l'autre et empathie) à ce test sont des indices de troubles de la personnalité(Gendre et al. 2012), l'élévation des valeurs observées par Campanella et al. parlent en faveur d'un impact positif et le cas échéant thérapeutique de la méditation sur la maturité de la personnalité. Ces résultats ne sont en eux-mêmes pas surprenants  puisque la méditation de pleine conscience vise à promouvoir une attitude face au monde et à soi même faite d'acceptation, de non jugement, de bienveillance et de compassion, mais encore fallait-il pouvoir l'objectiver.
 
Ces résultats sont d'autant plus remarquables que la personnalité est supposée stable dans le temps et qu'un changement de celle-ci s'obtient difficilement. Cette ouverture sur le changement du soi et du rapport à soi-même fait par ailleurs écho avec le concept bouddhiste de l'impermanence de toutes choses, le soi y compris. C'est aussi un des mécanismes d'action de la méditation de pleine conscience (Hölzel et al., 2011) que d'amener un changement de perspective sur le soi, à travers un désengagement d'une identification à un soi statique et permanent, cause de souffrance pour l'homme.
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Méditer vers la dissolution de l'ego et l’extension du Soi 

2/21/2015

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Le Moi ressemble à une chenille qui ne quitte une branche qu'après avoir saisi une autre. Sa véritable nature ne peut être découverte que lorsqu'il est privé de contact avec un objet ou une pensée.
                                                                                                                                                                                         Ramana Maharshi
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Méditer induit un changement dans la nature du rapport à soi. 
Dans notre vie quotidienne l'ego, le moi-je occupe habituellement le devant de la scène. Il nous guide dans la poursuite de nos objectifs, la réalisation de nos tâches, la conscience de nos responsabilités, la quête du plaisir et du bonheur, etc. Ce principe "égoïste" est sous tendu par un puissant instinct d'autoconservation qui donne une réalité à notre personnalité qui se crée et se recrée en permanence et avec laquelle nous sommes en fusion dans un mouvement d'identification réductrice au moi. 

La posture méditative donne l'occasion d'expérimenter un état où l'on peut s'autoriser à laisser en arrière plan tant les multiples préoccupations du quotidien que les différents rôles inhérents à notre identité. Abandonner tout ce après quoi court l'ego jour après jour constitue l'essence du lâcher prise qui se déploie dans la posture méditative.
Etre simplement présent, instant après instant. Se défaire petit à petit de toutes ces pelures d'oignon qui constituent notre personnalité : souvenirs, expériences, attentes... pour se rapprocher d'une autre dimension beaucoup plus profonde de notre existence. Au-delà des contenus qui constituent l'ego et le mental - pensées, émotions - il existe en effet une terra bien souvent incognita, celle de la conscience étendue, de l'être. C'est ce vers quoi méditer nous fait cheminer.
Cet état qui nous relie à quelque chose de plus vaste est très abstrait et difficile à percevoir dans le contexte de notre culture matérialiste et rationnelle. Les civilisations antiques étaient à cet égard plus avancées que nous le sommes. 

Cette autre dimension, cette réalité transcendantale qui nous emmène au delà des catégories d'espace, de temps, de causalité n'est en fait pas appréhendable par l'intellect, elle relève plus de l'expérience. Il s'agit de l'accès à la nature profonde et véritable du moi, identité première et ultime de l'être, que les traditions philosophiques et spirituelles ont développé chacune à leur manière : âme, conscience, être, nature de Bouddha ou Soi (Atman).
Les instants de pure conscience durant la méditation, aussi brefs soient-ils, nous laissent entrevoir cette qualité lumineuse de l'esprit, cette conscience pure non conceptuelle libérée du voile du mental. Ceci se traduit par un sentiment de paix, de réconciliation avec le monde et libère joie et force vitale.


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Trois qualités mentales développées par la méditation

2/20/2015

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Une demi-heure de méditation est essentielle, sauf quand on est très occupé. Alors une heure est nécessaire.        
Saint François de Sales
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Ces trois qualités cognitives deviennent de plus en plus nécessaires pour survivre dans notre monde où le flux d'informations va grandissant.

Ouverture mentale : la posture méditative vipassana est conscience et acceptation de l'expérience dans sa globalité, permettant ultimement de "voir les choses telles qu'elles sont". Cette posture représente un état d'abandon, de lâcher prise et de curiosité bienveillante face au monde qu'on peut rapprocher d'une des cinq grandes dimensions de la personnalité, la dimension "
ouverture à l'expérience". Celle-ci est souvent synonyme de bonne santé mentale, de maturité et s'applique à des personnes imaginatives, créatives, curieuses intellectuellement. Ainsi l'ouverture mentale aide à rester engagé vis-à-vis des expériences difficiles de la vie, de même qu'à élargir la connaissance de soi.

Polarisation mentale : le focus attentionnel de la posture shamata calme l'esprit en stabilisant l'attention sur les sensations corporelles, habituellement le souffle. Cette attitude à rester pleinement présent gagne à s'élargir aux diverses activités de la vie quotidienne. Revenir à cette qualité de présence dans sa vie quotidienne permettra par exemple de limiter les méfaits du mode multitâche qui donne l'illusion de l'efficacité, voire un sentiment de toute-puissance. Cette tendance à la dispersion de l'attention favorisée par les technologies de l'information actuelles nous éparpille et diminue notre performance dans l'accomplissement de nos tâches. La surabondance informationnelle nous pousse également à négliger les expériences sensorielles complètes, véritables moments de ressourcement, grâce à une réceptivité et une disponibilité accrue. Aussi la pleine conscience nous invite-t-elle à vivre toute leur saveur.  

Flexibilité mentale : le travail méditatif demande une forme subtile d'effort mental alliant concentration et lâcher prise. Il consiste à renouveler constamment l'évaluation de son attention, afin de distinguer si l'on s'est "absenté" dans ses pensées ou si l'on est pleinement présent à l'expérience, instant après instant.
Prendre conscience des moments de distraction, puis ramener l'attention égarée vers un focus sensoriel qui ancre dans le présent représente une forme d'entraînement mental qui améliore la flexibilité cognitive. Cette aptitude de passer d'une stratégie mentale à une autre et de s'adapter aux exigences changeantes de l'environnement ouvre les portes de l'imagination créatrice.

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Les thérapies basées sur la pleine conscience 

11/17/2013

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Conférence pour le réseau Delta du 5 novembre 2013
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Accélération sociale, stress et addiction: comment s’en sortir ?

9/22/2013

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Conférence donnée à l'acadmie des dépendances (extrait), Ascona, Monte Veritas, août 2013
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Méditer: zoom avant, zoom arrière, entre saisie identitaire et conscience pure

7/8/2013

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Méditer nous transporte dans des univers variés. On peut en distinguer deux types, ceux de l'ordre des contenus de consciences et ceux de l'ordre de la conscience pure dépourvue de contenus.

Les contenus de la conscience sont de différentes natures. Il peut s'agir de pensées sur le futur, sur le passé ou de pensées de type oniriques. Il peut aussi s'agir de sensations: auditions, toucher, odorat, etc. Ces dernières servent d'outils privilégiés pour réaliser la pleine conscience du moment présent, même s'il est possible de réaliser la pleine conscience avec toutes formes de contenus mentaux. Lorsque la conscience se focalise ainsi sur un contenu, cette forme d'attention ou de concentration accentue l'idée d'un sujet observateur d'un objet et dans ce sens maintient la dualité sujet - objet. Toutefois la pleine conscience d'un contenu mental constitue une première marche menant vers la découverte de sa véritable nature.

Lors de la conscience sans objet, il ne s'agit plus d'un sujet observant un objet. Il s'agit d'un état de conscience qui transcende la dualité sujet - objet, et c'est là toute sa puissance. Aussi fugaces soient-ils, ces moments nous projettent dans la non-dualité (advaita en sanskrit), hors du temps et de l'espace. Nous touchons ici aux caractéristiques de la conscience pure, à savoir sa dimension atemporelle et délocalisée.

C'est une véritable aubaine de savoir qu'il est possible de quitter, l'espace de quelques instants, tout ce qui nous rattache à notre moi, moi formé de tous nos souvenirs, nos projets, nos liens aux autres,  nos petits et grands traumatismes, nos qualités et défauts, nos forces et faiblesses, notre personnalité. En effet quitter le territoire du moi pour aller vers la conscience pure signifie trouver une aire de liberté, où le tourment fait place au calme.

Bien entendu ces états ne durent pas et l'on est vite ramené aux contingences d'un moi qui va tout faire pour attirer l'attention et nous ramener vers lui, dans ce que l'on peut appeler la saisie identitaire. Nous faisant alors revivre projets, désirs, souffrances, etc. Tout ce qui nous ramène à ce que nous laissons être notre réalité quotidienne...

C'est à ce mouvement d'aller et retour entre des instants de pure conscience synonymes de paix intérieure et des moments où l'on se retrouve à nouveau englué dans notre moi que s'applique la métaphore du zoom avant - zoom arrière. Un peu comme si l'on zoomait instantanément, comme on pourrait l'imaginer avec une sorte de google earth super puissante, qui nous situerait à un moment dans le vide intersidéral silencieux et nous permettrait ensuite de plonger très rapidement au cœur de l'activité humaine bruyante d'une cité. Ce zoom avant ressemble à ce qu’il se passe lorsque nous sommes ramenés à nos pensées et préoccupation de la vie quotidienne, alors que le zoom arrière illustre le phénomène inverse du retrait vers le calme de la conscience pure.

L'état méditatif nous fait ainsi voyager entre ces deux extrêmes…


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Méditation et créativité

6/5/2013

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Je me suis quelques fois demandé pourquoi lors de mes méditations des problèmes  professionnels ou autres trouvaient des issues favorables, des solutions non apparues dans d'autres contextes.
Le thème que je vais développer s'écarte légèrement de la pratique méditative orthodoxe, mais ce n'est que pour mieux y revenir ensuite.

Une des deux postures méditatives de base - Vipassana -  vise à laisser venir tout ce qui parvient à l a consciences sans chercher à écarter ou repousser quoi que ce soit. Or dans ces moments il se peut que des problèmes non résolu fassent surface. L'esprit au repos est alors dans une disposition nouvelle pour accueillir ces données mentales. Lorsqu'une telle pensée insistante se manifeste, j'ai fait le choix de la laisser grandir et disparaître d'elle-même, souvent lorsqu'une issue ou solution arrive. Cette posture reste à mon avis méditative dans la mesure où il n'y a pas de visée consciente ou volontaire à rechercher une solution comme on pourrait le faire en état de réflexion habituel. Ici le cheminement de la pensée se déroule de lui même sans l'intervention du sujet, moi en l'occurrence !
Ceci s'écarte légèrement de la méditation orthodoxe dans la mesure où il n'est pas certain que la pleine conscience demeure lorsque ce cheminement mental se déroule et que pour ce faire il s'agirait de revenir à la deuxième posture méditative - Shamata - du focus attentionnel sur les sensations corporelles telles que le souffle. 
Je considère toutefois qu'interrompre ce cheminement naturel serait plus source d'agitation que de de paix mentale, c'est pourquoi j'opte, surtout en début de méditation, pour laisser les pensées qui veulent s'exprimer le faire sans forcément les écarter.  J'utilise ici une façon de parler personnifiante à propos des pensées car tout semble se passer comme si elles avaient une vie propre indépendante du sujet qui les pense, ou de moins de sa volonté consciente.

Envisageons maintenant ce phénomène sous l'angle neuroscientifique. Lors d'une tentative de résolution de problème par la réflexion notre cerveau  fait appel au cortex pré-frontal pour diriger la pensée là où il veut aller, c'est le substrat organique du contrôle cognitif. Or il s'avère que ce contrôle cognitif, tout utile qu'il soit, présente aussi des désavantages, et c'est là où j'arrive au cœur de ma réflexion : le contrôle cognitif limite l'accès à la créativité, de par  le rôle inhibiteur du cortex pré-frontal qui filtre les pensées cratives (cf. Le Monde de l'intelligence, avril - mai 2013, p. 6). 
Ainsi la posture méditative de par son ouverture à ce qui est, n'opère par définition aucun choix et constitue de la sorte un relâchement complet de contrôle cognitif habituel. La pensée se voit ainsi libérée d'une forme de carcan neurophysiologique qui la pousse dans une seule direction et c'est alors que l'idée inattendue arrive.

Ceci étant dit il serait vain de vouloir méditer "pour" résoudre certains problèmes car nous serions alors définitivement sorti de la logique méditative qui n'a pour unique finalité que d'être avec ce qui est dans le moment présent...

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Méditation et cohérence cardiaque: des clés pour gérer votre stress

3/24/2012

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La gestion du stress est une préoccupation majeure dans notre société d'aujourd'hui. La globalisation des marchés nous fait assister à une compétition exacerbée entre les entreprises qui retenti sur la sphère individuelle de façon non négligeable et parfois dramatique si l'on en juge à la vague de suicide qui a frappé récemment plusieurs grandes entreprises françaises. Notre système sociétal, résolument tourné vers la rentabilité et le culte de la performance, charrie des victimes en nombre croissant touchées par diverses pathologies. L’augmentation des invalidités pour raison psychique en est un exemple. Les troubles liés au stress sont très variés,  même si la sphère cardio-vasculaire est le plus souvent touchée. Les troubles apparaîtront dans une zone de vulnérabilité propre à chaque individu et prendront des manifestations aussi variées que: dépression, addiction, maladies auto-imunes, tensions musculaires, troubles digestifs,  infarctus, hypertension, etc..

Un second aspect de notre monde sociétal qui accroît le stress est le phénomène d’accélération de notre mode de vie. Les nouvelles technologies en sont prioritairement responsables dans la mesure où la communication est devenue instantanée, nous forçant à être “connecté” en permanence et prêt à réagir. Nous n’avons pas conscience à quel point cet état de réactivité permanente influence notre fonctionnement cérébral et nous prive de véritables moments de repos libres de toutes sollicitations.

Ainsi l’homme d’aujourd’hui s’il veut maintenir sa qualité de vie, voire même survivre dans cet environnement trépidant se doit de réinventer son rapport au monde. Cette réinvention peut passer par l’apprentissage de nouvelles techniques de gestion du stress telle que la méditation de pleine conscience et la cohérence cardiaque.

Ces techniques permettent à l’individu de retrouver un lien corps-esprit bien souvent perdu sous l’influence de l’excès de stress. En effet, lorsque l’organisme ressent la pression constante des demandes de son environnement, il peux tenter de s’y adapter en modifiant sa norme de fonctionnement. Il va alors quitter la régulation homéostatique, sur le modèle du radiateur dont le thermostat maintient la température dans une fourchette fixe, pour adopter la régulation allostatique qui va déplacer cette norme pour faire face au stress. C’est ce qui se passe dans l’hypertension dite essentielle. L’organisme apprend à soulager son stress en augmentant progressivement sa tension artérielle au-delà de sa norme habituelle. Lorsqu’un tel mécanisme se met en place, la personne a alors perdu un bien précieux ; à savoir celui de se sentir en connexion avec propre corps, le sentiment d’unité corps-esprit. Ce lien à son propre corps, qui permet d’être à son écoute, est crucial afin de pouvoir en percevoir les limites. Or ce lien est malmené lorsque le stress devient chronique et c’est alors qu’il montre son côté le plus sournois. En effet, en raison de son apparition souvent très progressive, l’organisme va puiser dans ses ressources pour faire face jusqu’à l’épuisement sans qu’il y aie forcément prise de conscience de cet « état d’urgence » interne. La rupture du lien corps-esprit est alors avérée.

La méditation de pleine conscience est une technique ancestrale propre à la tradition bouddhique (Vipassana) qui a été reprise par la thérapie cognitivo-comportementale afin de l’appliquer de manière scientifique aux difficultés de notre temps que sont le stress, l’anxiété et la dépression.

La méditation de pleine conscience vise à contrecarrer la perte de flexibilité de l’attention qui nous frappe lorsque nous sommes soumis au stress et  à l’anxiété. En effet, pour le meilleur ou pour le pire le stress nous place dans un état d’hypervigilance qui focalise notre attention sur le thème qui nous (pré)occupe. Ce mécanisme est normal et même souhaitable pour être performant, malheureusement lorsqu’il se prolonge il devient délétère et peut entraîner une grande variété de troubles tant somatiques que psychiques par le biais d’une sur-activation constante de l’organisme. C’est ce que tend à produire notre rythme de vie effréné en plaçant notre attention dans le mode focalisé une trop grande partie du temps. Si un terrain anxieux est présent cela ne fera que renforcer cette tendance à voir les inquiétudes et les ruminations envahir le champ de la pensée et tourner en boucle de façon stérile. Cet accaparement de l’attention a de plus des répercussions physiologiques non négligeables telle que accélération du rythme cardiaques voire palpitations, refroidissement des extrémités des membres, souffle court, etc., soit une réaction typique de stress.

A l’inverse il existe un mode attentionnel qui permet à l'organisme de lâcher prise et retrouver une certaine sérénité, il s’agit du mode attentionnel diffus. Il résulte d’un élargissement du champ attentionnel permettant de prendre de la distance avec les pensées stressantes qui perssistent.

Les animaux eux aussi connaissent bien ces deux modes de fonctionnement, mais ils ont gardé la sagesse de n’utiliser le mode focalisé qu’une petite partie du temps en cas de nécessité lors de la chasse et de la défense, alors qu’ils passent le reste de leur temps au repos dans une forme de détente régénératrice.

Quitter le mode attentionnel focalisé pour le mode diffus peut se faire par exemple en portant son attention sur le corps, sur l’espace autour de soi ou sur les sons entendus, quelque soit la situation où nous nous trouvons. Il s’agira de porter l’attention sur ses sensations telles qu’elles se présentent sans chercher à les modifier, ni à y réagir d’une quelconque façon. Porter une attention sans jugement sur les sensations estompe les pensées et nous recentre dans le moment présent. C’est le début de la mise en place d’une attitude méditative au quotidien.

Lors de ces moments de méditation informelle et grâce à l’attitude d’acceptation bienveillante et d’abandon au monde extérieur qui l’accompagne, le mode attentionnel diffus peut s’installer et interrompre la réaction de stress.

A côté des moments informels de méditation, la méditation se pratique également dans un cadre plus formel habituellement en position assise. Le mécanisme est ici un peu différent dans la mesure où le mode attentionnel focalisé constitue un outil pour atteindre le mode diffus. En effet, la méditation de pleine conscience utilise les sensations corporelles comme moyen d’encrage dans le moment présent. Il s’agit de se concentrer sur certaines sensations corporelles liées à la respiration telles que la sensation de l’air qui entre et sort à travers les narines ou celle des mouvements de l’abdomen, afin d’atteindre, entre deux flots de pensées incontrôlées, un état d’absorbtion (samâdhi en sanscrit), forme de tranquilité attentive qui ouvre les portes de l’éveil...

La méditation nous invite à redécouvrir le mode d’être le plus simple qui soit, celui qui consiste à être présent, en connexion avec son corps, tout en permettant aux pensées et tracas de perdre leur intensité pour laisser place au calme, voire au détachement.

La cohérence cardiaque est également un outils de gestion du stress, mais de nature différente dans la mesure où il fait appel à un appareillage de biofeedback permettant de mesurer et de modifier la variabilité du rythme cardiaque. Le matériel consiste en un logiciel ou un appareil portable tout deux très simple d’utilisation permettant d’harmoniser le rythme cardiaque grâce à un capteur placé sur le lobe de l’oreille et un feedback sonore ou visuel indicateur du niveau de cohérence.

Le rythme cardiaque n’est jamais constant, même au repos le coeur ne bat jamais comme un métronome. Son rythme subit des oscillations qui peuvent être plus ou moins harmonieuses. Sous l’influence du stress ou d’émotions fortes les fluctuations du rythme se font de manière chaotiques. Au contraire lorsque la personne se détend et respire calmement à environ six respirations par minute les fluctuations du rythme s’harmonisent et prennent la forme d’une sinusoïdale, phénomène normal dénommé arythmie sinusale respiratoire.

On observe alors une synchronisation de différents rythmes corporels (respiration, coeur, tension artérielle, ondes cérébrales) et s'ensuit une cascade d'événements hormonaux, neuronaux, biochimiques favorables pour l’organisme tels que amélioration de la réponse immunitaire, baisse du cortisol (une hormone du stress) et libération de DHEA (hormone anti-vieillissement). Ces réactions psychophysiologiques vont favoriser la capacité de concentration, la gestion des émotions et le bien-être en général et agit comme une excellente prévention cardio-vasculaire.

Par ailleurs l’amplitude de la variation du rythme cardiaque est un reflet de la santé cardiovasculaire, une amplitude importante permet une meilleure tolérance au stress. Par conséquent améliorer la variabilité cardiaque a un impact notable sur la santé. Des effets bénéfiques ont été démontré sur de nombreuses maladies, parmi lesquelles l’hypertension, l’hypotension, l’asthme, la maladie coronarienne, la fibromyalgie, l’anxiété et la dépression.

Ces différents moyens de gestion du stress offrent des opportunités réelles d’amélioration de la santé moyennant une légère modification du mode vie en prenant le temps de les insérer dans son programme quotidien. Notre machine biologique n’est elle pas suffisamment extraordinaire pour qu’on lui consacre un peu de notre temps?

Article paru dans : le magazine "Ma santé"
http://www.pharmacie-principale.ch/themes-sante/stress/des-cles-pour-gerer-votre-stress/
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De l’auto-critique à l’auto-compassion

10/23/2011

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Qui ne s'est pas vu une fois ou l'autre submergé par un flot d'auto-critiques ? Sans doute personne. En effet l'autocritique est un phénomène universel qui accompagne nos vies d'êtres imparfaits. On a tous quelque chose qu'on n'aime pas en soi, qui nous dérange, quelque chose qui nous crée de la honte, de l'insécurité, ou nous donne le sentiment de ne pas être adéquat, de ne pas être assez bien, pas à la hauteur... Notre condition humaine fait que nous sommes imparfaits, en proie au doute, capable d'erreur à tout moment. Mais nous sommes aussi perfectibles, d'où l'intérêt de s'engager dans le regard critique sur soi et la remise en question.L'autocritique est donc un phénomène normal, voire salutaire. Son absence serait le signe inquiétant d'une difficulté à tenir compte de ses erreurs, donc mettrait en péril notre possibilité d'apprentissage et d'évolution personnelle. En cherchant à éviter de voir ses manques et ses faiblesses, on n'aboutirait à l'effet inverse de celui recherché, à savoir une fragilisation de l'individu.

Ceci étant dit, notre propos va concerner plus précisément ceux que l'autocritique dérange, voire fait souffrir en raison de son excès et de sa nature envahissante. On sait que ces sentiments d'insatisfaction et de honte jouent un rôle dans divers troubles psychiques tels que la dépression, l'anxiété et les addictions. Poussé à l'extrême il peut devenir une forme d'auto-harcèlement qui entretien un stress permanent. Dans le cas de la dépression, un niveau élevé d'autocritique ralenti l'évolution vers la guérison.

De quoi est faite cette vulnérabilité ? Elle repose sur toute une variété de souvenirs émotionnels négatifs liés à des sentiments de honte, de rejet, de critique, d'humiliation, de non respect de soi. Souvenirs d'événements douloureux qui constituent autant de petits ou de grands traumatismes. Le traumatisme n'est en effet pas nécessairement un événement grave. Il s'agit de tout évènement qui a un effet négatif durable. Il peut même passer inaperçu pour tout autre personne que soi. Néanmoins, dès le moment où son souvenir s'enracine dans nos pensées et vient les contaminer intempestivement, alors c'est que trauma il y a eu ! Il s'agit alors de pensées intrusives qui traversent notre esprit sans qu'on le veuille vraiment et qui peuvent littéralement prendre le contrôle de notre vie si on les laisse faire, nous plongeant dans le regret de ne pas avoir su réagir comme on l'aurait voulu...

Cette façon trop sévère de se juger peut aussi s'enraciner dans des schémas relationnels qui remontent à l'enfance. Dans ce cas il n'y aura pas nécessairement besoin de souvenirs sur lesquels s'apitoyer, mais il s'agira plutôt d'un mode relationnel établi avec soi même sur le mode de ce qui nous a été transmis principalement par nos parents. Le manque d'encouragement et les critiques systématiques sont en effet de puissants générateurs d'autocritiques pour l'avenir de l'enfant une fois qu'il les aura intériorisés.

Mais alors que faire pour retrouver la sérénité, lorsque ces « petites voix » rabaissantes nous tiennent compagnie un peu trop souvent ?

Tout d'abord en prendre conscience. Cela peut sembler parfaitement trivial, pourtant les choses sont plus complexes qu'on peut le penser. Il est en effet difficile de se rendre compte que nous pouvons avoir différents niveaux de conscience en ce qui concerne nos pensées. Parfois nous sommes véritablement maître à bord, comme dans le cas d'une réflexion intense, d'une résolution de problème, mais dans d'autres situations des pensées peuvent venir dans notre esprit sans qu'on le désire réellement, c'est ce qu'on appelle en psychologie les pensées automatiques. Ces pensées automatiques sont d'autant plus rapidement activées qu'elles viennent souvent en pensée, car les circuits cérébraux qu'elles mettent en jeux sont comme facilités. Or c'est ce qui se produit souvent lorsque la « petite voix » de l'autocritique s'active, cela devient un automatisme, un mode de relation à soi installé et prêt à s'actualiser à la moindre petite faille...

Ensuite il va falloir transformer ce mode de relation à soi en cultivant le mode compassionnel tel que nous l'enseigne la méditation et les approches inspirées du bouddhisme. La première attitude à adopter est celle de l'acceptation. Lorsque l'autocritique porte sur des traits de personnalité, par exemple se trouver trop introverti, trop impulsif, trop possessif etc., la personne entre dans une forme de combat avec elle-même, il y a d'un côté le juge rationnel qui émet ses normes idéales de comportement et de l'autre le soi meurtri qui subit la critique. Cette lutte a un prix, elle mobilise énormément d'énergie et de ressources et  elle tend à occuper une place toujours plus importante dans la vie de la personne. Par ailleurs cette lutte pour supprimer ce qui ne va pas, fait oublier qu'il importe surtout d'aller vers ce qu'on veut, vers ses valeurs, d'utiliser cette énergie pour œuvrer à la réalisation de ce qui compte vraiment pour soi comme le montre la thérapie ACT (Assertive Commitment Therapy). Abandonner la lutte signifie d'abord accepter les attitudes négatives telles que les jugements autocritiques. Dans ce sens les pratiques méditatives constituent un très bon entrainement mental pour développer cette attitude d'acceptation de ce qui est dans le moment présent. Plus proche de notre culture les philosophes stoïciens allaient déjà dans le même sens, en effet pour Epictète « Il ne faut pas vouloir que ce arrive n'arrive pas, il faut vouloir que ce qui arrive, arrive, comme il arrive. ». Face aux événements psychologiques cette assertion est d'une grande pertinence.

L'acceptation peut également être favorisée par la recherche du positif dans l'attitude de l'autocritique gênante. Au lieu de se mettre à vilipender cette manie auto-dénigrante, il s'agira d'y voir une intention positive, dans la mesure où ce qui la motive est tout-de-même la recherche de l'amélioration. La critique vise à créer une motivation au changement, elle n'est donc pas à rejeter en bloc. Toutefois c'est la façon dont elle traite le soi qu'il faut modifier, pour se traiter avec plus d'empathie et de compassion.

Enfin pour faire un peu plus de place à la partie de soi non coercitive, il va falloir mettre en œuvre des techniques d'imagerie. Peu de monde se doute à quel point l'imagination peu avoir des effets tangibles sur nos vies. Saviez-vous que le simple fait d'imaginer une chaleur dans vos mains, telle que la technique de relaxation du training autogène inventée par Schulz le suggère, peut en augmenter la température de 10 degrés ? Si la relaxation est toujours bénéfique chez un individu tendu et anxieux comme c'est le cas lorsque l'autocritique prime, l'imagerie de compassion ajoute un plus en créant son propre havre de paix intérieur, suivez le guide :

Imaginez un lieu en vous-même de sécurité où vous allez pouvoir développer des sentiments de chaleur affective et de compassion vis-à-vis de vous-même. Puis focalisez votre attention sur une image évoquant la compassion avec les qualités de chaleur humaine, d'acceptation de soi, de bienveillance. Laissez venir en vous se qui vient sans vouloir l'obtenir à tout prix. Soyez réceptif, abandonnez-vous à vous-même... Entrer en contact avec votre humanité et ses forces et faiblesses qu'on a tous. Le sentiment d'échec, d'être inadéquat fait partie de notre condition humaine.

L'image qui vous apparaîtra ainsi servira d'ancrage pour vivre et ressentir des sentiments positifs, à user sans modération. Vous trouverez des méditations guidées en anglais sur ce modèle sur le site de Kristin Neff (http://www.self-compassion.org).

S'approprier quelques techniques d'assainissement du rapport à soi n'est pas un luxe. Notre société de plus en plus compétitive, axée sur la performance et le rendement à tous crins nous pousse à nous dépasser sans cesse et promeut ainsi des valeurs opposées à l'acceptation et à la compassion. Nous sommes en effet dans une évaluation permanente de nos performances qui influence grandement l'estime de soi. Compétition et comparaison obsédante avec autrui, avec son collègue, avec son voisin dans une course folle vers une illusion de mieux être qui si souvent réduit notre qualité de vie.

Si l'estime de soi résulte d'une auto-évaluation, la compassion pour sa part présente cet caractéristique d'être universelle, tout être humain (y compris soi-même !) mérite compréhension et empathie.

                                                                                                Jean-François Briefer
                                                                                                www.ressourcespsychologiques.ch

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10/9/2011

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